Conseils de quartier du 19e : l’échec ?

Les Conseils de quartier ont été créés en 1995 dans le 19e. 14 ans plus tard, alors qu’ils ont acquis un statut légal, les réunions des 10 conseils de quartier du 19e attirent peu de monde. La désaffection est patente. Pourquoi ?

Lors des élections municipales de 1995, le 19e élit avec 5 autres arrondissements parisiens une majorité PS-Verts-PC qui bat le Maire sortant RPR, Michel Bulté.

Dans le programme de la nouvelle majorité figure une proposition des Verts : la création de Conseils de quartier. Le 19e est découpé en 10 quartiers et autant de Conseils sont créés. Bien avant que la loi ne le décide officiellement, le 19e expérimente ainsi une nouvelle forme de démocratie locale. Chaque Conseil comporte 30 membres issus de 3 collèges : 10 représentants des associations, 10 personnalités locales et 10 représentants du Conseil d’arrondissement.

L’Hôtel de Ville est alors géré par Jean Tibéri et la droite. Les Conseils de quartier se révèlent être une caisse de résonance des problèmes du 19e et de l’inaction de l’Hôtel de Ville. Leur fonctionnement protestataire est encouragé par la Mairie du 19e qui y voit un outil de lutte contre la majorité parisienne de Jean Tibéri.

Les habitants engagés dans ces conseils peuvent être critiques vis-à-vis de l’Hôtel de Ville; ils n’ en attendent pas moins des actions concrètes pour améliorer la vie locale. Ils veulent peser, ne pas être qu’un lieu de protestation mais aussi servir à changer la vie.

En 1999, le Maire du 19e, ayant entendu cette aspiration à l’action, décide de confier à chaque Conseil de quartier un petit budget dont les Conseillers peuvent décider l’affectation. Les Conseils se réunissent; les propositions fleurissent, les débats rassemblent du monde. On vote pour décider. Et là, au lieu de respecter la décision de chaque Conseil, la Mairie rejette ce qui lui déplait et publie une liste de décisions différente du résultat des votes. Stupeur !

Cet épisode, un Conseiller du quartier Bas Belleville me le rappelait récemment. Bien que les montants en jeu aient été surtout symboliques, le Maire marquait là les limites assignées aux Conseils de quartier : discuter, proposer : oui. Décider : non.

Renouvelés après les municipales de 2001, les Conseils de quartier se trouvent dans une nouvelle configuration politique : l’Hôtel de Ville a basculé à gauche, et il n’est plus question qu’ils aient un rôle contestataire. Ils doivent participer aux orientations de la nouvelle majorité parisienne. Les yeux tournés vers Porto Alegre – grande ville brésilienne ayant expérimenté le budget participatif – les élus Verts proposent qu’une telle démarche soit mise en oeuvre à Paris. Elle restera lettre morte.

Au fil de la mandature, les Conseils de quartier du 19e enregistreront les réels progrès apportés par la majorité PS-Verts-PC qui dirige l’Hôtel de Ville mais sans jamais peser. Tout au plus, ils servent à « prendre le pouls » des quartiers et éviter les projets trop fortement rejetés.

Ce qui n’est pas si mal quand on songe à l’époque où les décisions étaient prises à l’Hôtel de Ville sans aucune consultation dans les arrondissements et les quartiers. Mais ce n’est pas suffisant pour qu’une dynamique se développe, pour que les membres des Conseils de quartier aient la satisfaction d’y être utiles. Petit à petit, ils se dévitalisent.

Lors du renouvellement de 2008, de nombreux Conseillers actifs préfèrent se retirer. La nouvelle composition réduit la place réelle des associations. Les réunions se vident et leur représentativité décline : à regarder les salles, on pourrait croire que le 19e est peuplé de personnes blanches de plus de 60 ans. Certes, les personnes âgées ont droit à toute leur place dans notre vie locale, mais où sont les autres ?

Un autre évènement fait écho à la désaffection des Conseils de quartier : celle du Conseil des résidents étrangers, toujours pas constitué un an après les élections municipales.

Faut-il y voir un signe commun ? Qu’on ne peut mobiliser durablement les citoyens en ne leur laissant aucun instrument décisionnel ? Que ces instances répondent mal à la demande démocratique des habitants qui veulent participer à la vie de leur quartier ? Que les élus sont trop frileux dans le partage de leurs responsabilités ? Oui sans doute.

Les Verts n’ont pas été entendus par les élus PS sur ces questions. Face à un bilan qui s’étiole, ces derniers doivent s’interroger et changer leur politique.

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